La faïencerie Henriot Quimper se distingue des deux autres manufactures historiques de Locmaria par une trajectoire de production qui a souvent dérouté les collectionneurs. Comprendre ses particularités techniques, ses signatures successives et les pièges courants du marché d’occasion suppose de dépasser les fiches grand public centrées sur le seul décor au Petit Breton.
Faïence stannifère de Quimper : le socle technique qui définit Henriot
Toute la production Henriot repose sur la faïence stannifère décorée à la main. Le biscuit reçoit un émail opacifié à l’étain, puis le décor est peint avant cuisson de grand feu. Ce procédé impose des contraintes fortes : la palette se limite aux oxydes stables à haute température, avec une dominante de bleus (cobalt) et de jaunes (antimoine).
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La technique dite « à la touche » reste le marqueur de fabrique le plus fiable. Le peintre pose la couleur en un seul geste, sans reprise, pour former guirlandes, fleurs et filets. Nous observons que cette gestuelle produit des irrégularités caractéristiques, visibles à la loupe, qui différencient une pièce peinte main d’un transfert ou d’un décor au pochoir.

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Les motifs tournants (frise répétée autour du bord) et les filets de couleur encadrant le sujet central sont communs aux trois manufactures quimpéroises. Ce qui distingue Henriot, c’est la gamme de décors non strictement bretons produits à certaines périodes : sujets alsaciens, scènes exotiques, compositions Art Déco. Ces pièces, moins connues, circulent sur le marché d’occasion sans être toujours rattachées à la manufacture.
Signatures Henriot Quimper : lecture et datation des marques
La faïencerie Henriot a déposé de nombreuses signatures au fil des décennies. Leur lecture constitue le premier outil de datation fiable.
- Avant 1922, les marques sont souvent réduites aux initiales « HR » ou à des variantes manuscrites sommaires. La graphie varie d’un peintre à l’autre, ce qui complique l’identification sur les pièces anciennes.
- Entre 1922 et 1968, le nom complet « Henriot Quimper » apparaît sous la pièce, parfois accompagné d’un numéro de forme ou d’un chiffre codé. C’est la période la mieux documentée pour la datation.
- Après 1968, les marques se modernisent. Des codes numériques ou des mentions complémentaires (séries limitées, collaborations) s’ajoutent au cartouche principal.
La signature seule ne suffit pas à dater une pièce avec certitude. Nous recommandons de croiser la marque avec le style décoratif, le type de forme et, quand c’est possible, la signature individuelle du peintre. Un décor nettement Art Déco associé à une marque post-1968 signale une réédition ou une copie.
Signatures d’artistes et monogrammes
Certains peintres de la manufacture ont signé leurs pièces d’un monogramme personnel, en plus de la marque de fabrique. Ces signatures d’artistes augmentent la valeur de la pièce, mais elles ne figurent pas systématiquement dans les catalogues en ligne. Les bases de référence les plus complètes restent les catalogues anciens de la manufacture et les ressources spécialisées comme infofaience.com.
Marché d’occasion : pièges d’authentification sur les plateformes en ligne
La majorité des transactions sur les faïences Henriot Quimper passe désormais par des plateformes généralistes (Leboncoin, Etsy, 2ememain). Ce basculement crée un problème concret : de nombreuses pièces sont mal décrites ou mal datées, avec parfois une simple mention « Henriot Quimper » sans photo lisible de la signature au revers.
Trois erreurs reviennent régulièrement dans les annonces :
- Confusion entre les marques HB (Hubaudière-Bousquet) et HR (Henriot). Ces deux manufactures ont coexisté à Locmaria et fusionné au XXe siècle, mais leurs productions anciennes restent distinctes.
- Attribution « Henriot » à des pièces Porquier-Beau (PB), dont certains décors sont visuellement proches.
- Absence de photo du dessous de la pièce, rendant toute vérification de la marque impossible avant achat.

Nous observons que le décalage entre la nomenclature officielle des signatures et les usages du marché s’accentue. Un acheteur non averti peut acquérir une pièce HB en pensant acheter du Henriot, ou dater une réédition récente comme une pièce ancienne.
Trois manufactures de Quimper : Henriot, HB et Porquier-Beau
Locmaria a vu coexister trois faïenceries principales dont les histoires se croisent sans se confondre. La fabrique fondée en 1690 par Jean Baptiste Bousquet, maître faïencier originaire de la région de Moustiers, est à l’origine de la lignée HB (Hubaudière-Bousquet). La manufacture Dumaine, devenue Henriot, et la faïencerie Eloury, devenue Porquier, se sont installées respectivement en 1776 et 1791.
Chaque manufacture a développé un répertoire décoratif propre, même si le Petit Breton, créé vers 1860, a été repris par toutes et a donné lieu à de multiples imitations. La distinction se fait par les marques, mais aussi par la palette, l’épaisseur de l’émail et le traitement du sujet.
Au XXe siècle, la période Jules Verlingue (directeur d’Henriot) a marqué un tournant avec l’ouverture à des artistes extérieurs et la diversification vers des décors Art Déco. Cette collaboration a produit des pièces aujourd’hui très recherchées, souvent signées à la fois de la marque manufacture et du monogramme de l’artiste.
Estimation d’une faïence Henriot : critères qui font la valeur
L’estimation d’une pièce Henriot Quimper repose sur un faisceau de critères, pas sur un seul marqueur. Une signature d’artiste identifiée peut multiplier la valeur d’une pièce par rapport à une production courante.
L’état de l’émail pèse lourd : un éclat sur le bord ou un cheveu dans la glaçure réduit significativement la cote. La rareté de la forme compte autant que le décor. Un saladier courant décoré au Petit Breton vaut moins qu’une pièce de forme atypique (encrier, bénitier, plat à barbe) même avec un décor plus simple.
Les pièces associées à des séries limitées, des collaborations artistiques documentées ou des décors non bretons en bon état attirent les collectionneurs spécialisés. Le marché reste actif mais fragmenté : sans expertise préalable, nous recommandons de consulter un spécialiste ou de comparer avec les catalogues anciens de la manufacture avant tout achat significatif.
La faïencerie Henriot Quimper continue de produire en séries courtes, orientée vers le fait main et le marché du luxe artisanal. Pour les collectionneurs, la difficulté reste la même depuis trois siècles : distinguer une pièce authentique bien datée d’une attribution approximative exige de retourner l’objet et de lire ce que le dessous raconte.


